Un texte de SpaceFox, publié le mercredi 29 novembre 2006 et mis à jour le mercredi 29 novembre 2006
« Patience, mon ami, chaque réponse vient en son temps »
Proverbe Zolockque
A cette heure où le jour et la nuit se rencontrent et les ombres se mêlent, l’auberge du village était pleine. C’était la Nuit des Conteurs. Chaque année, à l’approche de l’hiver, une fête est organisée. Et, quand vient la nuit, c’est le temps des contes. Alors, pour toute une nuit, légendes et fantasmagories ressortent des esprits.
Celui qui s’installe maintenant dans le fauteuil sur l’estrade est le vainqueur de l’année précédente ; et comme le veut la coutume, c’est lui qui commence la soirée.
« Il était une fois, dans les contrées de Zboÿth, un jeune Zolockque du nom d’Acklow. »
Moment intense, presque magique. Au seul fait de la voix un peu chevrotante du vieillard, des dizaines de conversations cessent, les enfants écoutent, tous, comme un seul homme, tendent l’oreille afin de ne pas perdre une miette des paroles du conteur.
« Cet homme avait une passion : la montagne. Depuis sa naissance, il vivait au pied des Monts Gris ; et même s’il aurait pu dessiner Aqajouxwonmyjiarez (1), la Passe des Vents, les yeux fermés, dans ses moindres détails, il ne connaissait pas de plus beau spectacle que de contempler ses montagnes.
Souvent, on lui demandait ce qu’il trouvait de si beau dans cette crevasse. Invariablement, il répondait :
« Le fait de savoir qu’il y a peut-être quelque chose au-delà, quelque chose que l’on ne connaîtra jamais. »
L’histoire commence, non pas par une belle journée de printemps, mais par un lourd après-midi d’été. Le soleil tapait depuis le matin, et il faisait tellement chaud que le seul désir que l’on pouvait avoir était celui de se jeter dans un lac glacé. Acklow travaillait aux champs. Ou plutôt, il surveillait sa charrue tandis que lui rédigeait quelque poème sur les montagnes, une de ses occupations favorites.
Plic !
Une grosse goutte s’écrasa sur sa feuille. Acklow leva les yeux. Des nuages noirs s’amoncelaient contre les montagnes ; au loin, un coup de tonnerre résonna.
Le Zolockque se précipita pour ranger ses affaires, car il savait combien les orages sont prompts et violent dans les montagnes, surtout dans cette région. Aussi était-il déjà chez lui quand, cinq minutes plus tard, un déluge d’abattit sur la contrée.
Quelqu’un frappa à la porte. Acklow ouvrit à une jeune femme au sortir de l’adolescence, plutôt mignonne. Elle était absolument trempée.
« Je suis désolée de vous déranger, dit-elle, mais je me suis fait surprendre par l’orage. Puis-je attendre ici quelque temps ?
- Bien sûr, répondit le jeune homme. »
Il conduit la jeune fille en un lieu ou elle pût se sécher ; après quoi ils se retrouvèrent au salon.
« Je m’appelle Andemnia, dit la jeune fille. Je suis de passage dans la région ; je parcourais le sentier qui passe devant chez vous quand je me suis fait surprendre par l’orage. Ils sont rapides ici. J’ai couru jusqu’à la première maison où je pourrais m’abriter. »
Tandis qu’elle parlait, Acklow dévisageait la jeune Zolockque. Elle était plutôt grande et jolie ; et elle possédait de beaux cheveux châtains. Elle avait ceci de particulier qu’elle portait des habits étranges, que le jeune homme ne se souvenait pas avoir jamais vu ailleurs.
Pendant quelques minutes, ils parlèrent de tout et de rien, surtout de rien, en fait. Après quelques minutes, elle lui dit :
« Au fait, est-ce qu’il y a beaucoup d’habitants par ici ?
- Non. Il n’y a que moi, et le petit village de Koeyjim, dans la vallée.
- Et est-ce qu’il y a des voyageurs, des touristes ?
- Presque jamais. La région n’est réputée ni pour son climat – vous vous en êtes aperçue – ni pour sa beauté. C’est pourtant un tort ; les gens doivent croire que ce qui est dangereux est laid, mais je ne connais pas d’endroit plus beau que les Monts Gris, particulièrement près de la Passe des Vents.
- C’est étrange, dit la jeune fille. Il m’a semblé entendre quelqu’un parler en arrivant près d’ici.
- Ce doit être quelque touriste qui s’est perdu, ou alors une quelconque bête sauvage. Si vous voulez, nous irons voir après l’orage. »
Ainsi fut fait. Et, quelques dizaines de minutes plus tard, la pluie ayant cessé, les deux jeunes gens étaient dehors. Sur les indications d’Andemnia, ils empruntèrent le petit chemin longeant la maison par l’arrière et par lequel elle était venue.
« Au fait, dit Acklow alors qu’ils marchaient sur le chemin, dans la direction qu’elle avait indiquée, que faites-vous ici ?
- En fait, je me promenais. On m’avait dit qu’ici les montagnes sont jolies, ce qui n’est pas l’avis de tout le monde, et qu’on pouvait y voir d’étranges animaux. »
Après quelque temps, ils arrivèrent là où Andemnia avait dit entendre du bruit. Ils s’arrêtèrent quelques instants sur le chemin, tendant l’oreille, mais ils n’entendirent que le grave soufflement du vent dans Aqajouxwonmyjiarez, quelques centaines de mètres plus loin. D’un commun accord, ils décidèrent d’explorer les environs.
Ils cherchèrent pendant une dizaine de minutes sans rien trouver, quand, provenant d’un fourré en contrebas de la route, un scintillement frappa l’œil d’Acklow. Il se dirigea vers les buissons afin de savoir ce qu’il en était. Là était un… un quoi au juste ?
C’était un grand être ressemblant, par la forme, à un Zolockque normal, mais il était véritablement étrange. Il était vraiment très grand. Il semblait être en métal. Il était allongé par terre dans une position complètement invraisemblable et sans doute totalement inconfortable. Acklow appela Andemnia.
« Qu’est-ce que ça peut être ?, demanda-t-elle
- Je n’en ai pas la moindre idée. Tirons-le sur le chemin. Nous le verrons mieux. » C’est ce qu’ils firent, avec bien du mal, car cette chose mystérieuse était particulièrement lourde d’autant plus qu’il s’avérait qu’elle était en métal.
Les deux Zolockques le voyaient mieux, maintenant ; et il s’avérait que cette chose portait des habits métalliques, que ceux-ci étaient déchirés par endroits et laissaient voir une peau semblable à la leur, bien que plus sombre.
La chose – ou l’animal ? – poussa un grognement, et bougea un peu.
« Myijaro’n yat satazag’nat,… yèsné’s ? (comment allez-vous, monsieur ?), dit Andemnia.
Ce qui se situait à la place de la tête de la chose se tourna dans sa direction, et la jeune fille cru voir dans le visage de métal une lueur d’absolue incompréhension, si c’était possible. La chose poussa un autre grognement, comme un cri de douleur.
Acklow s’approcha de la chose. Il la retourna prudemment, et pensa qu’il devait être sur le dos – tout du moins s’il était constitué comme eux -. Le Zolockque s’aperçu que la chose était blessé, du sang s’écoulait lentement par une blessure à moitié refermée. Andemnia était d’avis de l’emmener chez le jeune homme. Acklow réfléchit quelques instants.
« Effectivement, je pense que c’est encore la meilleure solution. Mais je ne connais pas de sortilège de lévitation. Et toi ?
- Moi non plus. Nous allons devoir utiliser des moyens « mécaniques ».
- Je vais chercher un transporteur chez moi. Attends-moi ici, et surveilles-le ; s’il fait le moindre mouvement offensif, fuis !
- Eh ! Ho ! Je sais me défendre ! »
Pour ponctuer ses paroles, elle lança un éclair contre un arbre voisin qui se retrouva foudroyé alors qu’il n’avait absolument rien demandé, le pauvre.
Une demi-heure plus tard, le jeune homme était de retour, une large planche flottant devant lui.
Ils mirent la chose sur ce transporteur, puis se dirigèrent vers la maison d’Acklow. La jeune fille dit à ce dernier que la chose ne s’était pas manifestée autrement que par des grognements et des cris semblables à des cris de douleur.
« Huit heures, dit Acklow en scrutant le cadran solaire sur la façade de sa maison. Il était temps que nous rentrions, il va bientôt faire nuit.
- Quoi !? Déjà huit heures !, s’écria Andemnia. Je vais devoir y aller, on m’attend à Koeyjim. Merci pour tout, et, s’il te plaît, tiens-moi au courant de cette histoire. Je suis au village toute la semaine. »
Elle l’embrassa, et partit presque en courant.
Acklow resta immobile, pendant quelques instants, l’air complètement hagard, apparemment dépassé par les évènements. Puis, comme pris d’une illumination subite, il se retourna et emmena le transporteur et la chose chez lui.
Test de couleur orange.
1 Aqaj oux won myjiarez, mot à mot : « Passe de les vents », soit « la Passe des Vents ». En Zolockque, les noms de lieu sont souvent constitués d’une expression écrite en un seul mot.
>> Lire Le premier Humain en pays Zolockque - 2 >>
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