Un texte de Noxeangel, publié le dimanche 26 novembre 2006 et mis à jour le lundi 04 décembre 2006
La nuit était noire dans les rues des la ville basse de Saint Hadrinn. La nuit, l’énergie de la ville basse était réquisitionnée pour charger les boucliers qui protégeaient la ville.
Le ciel était barré d’une bande rouge, la ceinture d’Astéroïdes, aussi appelé le Rideau, derrière laquelle les familles en disgrâce venaient se réfugier. La famille régnant sur Kano était malheureusement du mauvais côté du Rideau.
Déambulant seul dans les rues vides, Naota du Héron, fils cadet de la famille régnante, Thaï-El-Ham se livrait à l’une de ses secrètes escapades nocturnes. Si quelqu’un le reconnaissait il savait qu’il ne reverrait pas la lumière du jour jusqu'à ses vingt cinq ans, c'est-à-dire dans cinq ans, son grand père ne rigolait pas sur ces choses là, et il était encore empreint du code d’honneur de l’antique empire solaire. S’il se faisait prendre, ce qui l’attendait c’était l’exil dans les contrées perdues des montagnes bleues.
Son corps, parcouru par le frisson de braver l’interdit lui semblait léger alors qu’il sautait de toits en toits veillant à ne pas faire tomber de tuiles qui trahiraient sa présence.
Soudain, il entendit un bruit de pas en contrebas.
Naota s’arrêta et, retenant son souffle, il se risqua à regarder en bas. La rue sombre était déserte. Il avait dû rêver.
* * *
Quelques minutes d’acrobatie plus tard, Naota frappait à la lucarne d’une modeste maison de la ville basse. La porte était ouverte. Il ouvrit et pénétra dans un grenier faiblement éclairé où se tenaient trois personnes. Le reconnaissant, ils sourirent. Sans un bonjour, il les réprimanda :
« Vous ne devriez pas laisser les volets ouverts, imaginez qu’un patrouilleur n’aperçoive la lumière.
-Ne soit pas si peureux, mon prince, répliqua ironiquement un grand homme blond tenant dans ses mains un ridicule violon.
-Bande d’inconscients, si on nous découvre, nous sommes bons pour l’exil, moi y compris, utiliser de l’énergie même très peu alors que nous sommes en pleine réquisition est considéré comme un crime majeur à l’encontre de toute la planète, lâcha-t-il énervé
- Oh calme-toi. Au pire on se servira de toi comme otage pour demander au roi de nous laisser tranquilles, plaisanta un homme presque obèse assis devant un clavecin. »
Cette plaisanterie détendit l’atmosphère qui était passablement tendue.
Naota remarqua alors la troisième personne. C’était une jeune fille mince, de petite taille aux cheveux d’un noir d’obsidienne retenus en queue par un ruban de la même couleur.
Elle avait les yeux baissés, mais quand elle releva le visage il vit distinctement à la lumière des lampes bleues de la pièce les couleurs chatoyantes et changeantes de ses yeux. Ce trait particulier trahissait appartenance au peuple nomade des plaines. L’histoire de ce peuple se perd dans les méandres de l’univers mais ils étaient déjà présents lorsque, fuyant le joug des Koplanov, son ancêtre Hadrinn le Vieux avait fondé cette cité au delà du rideau.
La cité-état de Saint Hadrinn avait depuis tissé des liens, surtout économiques, avec ce peuple, mais en voir un représentant dans la cité même était étonnant compte tenu de la timidité de leurs apparitions en public.
« Qui est notre invité, demanda Naota à ses amis.
- Elle nous a vu, Thorin et moi jouer ce matin sur la place du port fluvial et s’est jointe à nous. Elle s’appelle Léféria et joue diablement bien de la flute nomade. Avec elle à nos côtés nous pourrions devenir connus. On lui a déjà appris quelques morceaux de notre répertoire ceux que tu as composés. »
Sur ce, il entama une valse populaire de sa composition.
Bientôt ils se retrouvèrent tous à jouer sur cet air entraînant.
Quelques temps plus tard, alors que ses deux amis étaient descendus pour chercher des rafraichissements, Naota se retrouva seul avec Léféria. Elle lui demanda :
« Est-ce vrai que tu fais parti de la noblesse de Saint Hadrinn ? »
Interpellé par cette question, Naota ne sut que répondre. Il ne pouvait pas croire que ses amis ai été assez inconscients pour parler de son rang à une parfaite inconnue, a moins que ce ne soit la remarque de Thorin quand il était entré dans le grenier.
« En quelque sorte, répondit-il.
-Crois tu que je puisse obtenir une audience du Premier Conseiller demain ?
-Oui comme tout le monde entre l’aube et la mi-journée, répondit-il de plus en plus curieux, Puis-je connaître le motif de ta visite, si ce n’est pas trop impoli ?
-Je dois m’entretenir avec lui à propos d’un des princes, mais je ne sais pas lequel… »
Naota allait demander plus de précisions quand ses deux amis revinrent avec les boissons et il n’eut plus le loisir d’être seul avec elle pour aborder le sujet.
Ce n’est que deux heures avant le lever du soleil que Naota quitta ses amis et la mystérieuse nomade pour retourner au palais. Empruntant le même chemin, Naota atteignit rapidement la muraille bleue qui séparait les deux quartiers de la ville. Il entendit le ronflement sourd des ventilateurs du bouclier sensé les protéger des attaques aériennes des Koplanov. Bien qu’ayant reçu des cours d’Histoire du système solaire, il doutait de l’utilité de la batterie de défenses de la ville. Depuis que sa famille avait traversé le Rideau, il y a de cela bientôt trois cent ans, ils n’avaient jamais été sujets aux attaques de Koplanov, ce qui devait bien montrer qu’ils ne se souciaient plus de Thaï-El-Ham.
Un bruit dans une ruelle le tira précipitamment de sa rêverie. Un bruit caractéristique, celui d’une épée de céramique qu’on tire de son fourreau. Alerté, il se cacha dans l’ombre d’une maison et attendit.
De longs et oppressants instants plus tard, trois personnes cagoulées et entourées d’un halo bleuté sortirent de ladite ruelle.
A leur manière de tenir l’épée de céramique et à leur boucliers personnels il su qu’ils étaient des professionnels. Sans plus attendre, il enclencha son propre bouclier, une sorte de cocon sphérique d’un bleu translucide l’entoura, et il tira sa rapière de céramique.
Comparée aux épées métalliques d’un autre âge, les épées en céramiques étaient légères et acérées comme un rasoir, leur lamé été aiguisée atome par atome .Elles étaient les seules armes à percer la défense d’un bouclier personnel dernière génération, ceux-ci utilisaient l’énergie cinétique des corps qui étaient lancé sur lui contre eux. Plus l’arme était rapide, moins elle serait utile, une arme à projectile en tout cas.
Il tenta de fuir mais un des hommes le repéra et cria :
« Attrapez-le, c’est lui que nous cherchons ! »
Naota courut vers la muraille. Il n’avait aucune chance de fuir mais avec le mur derrière lui, il aurait une direction en moins à couvrir.
Alors que les trois assassins se ruaient sur lui, il se remémora les conseils de Hal, son maitre d’armes.
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