Un texte de HarrisFJordon, publié le lundi 25 juin 2007
Alors que je finis à peine mon voyage, je me retrouve en train d'écrire. J'ai mal au crâne, la bouche vaseuse, les doigts me piquent d'engourdissements, j'ai des creux (voire des trous) à la place des articulations. La lumière m'empêche d'ouvrir totalement les yeux.
Je ne sais où je suis, ni où j'habite. Je ne me rappelle pas avoir déjà porté un nom, ni avoir un jour appris à écrire. J'ai seulement mon existance avec moi. J'ai mal au crâne.
C'est très lumineux ici. C'est rempli de gens...non, qu'est-ce que je raconte ? C'est vide ici ! Tous ces gens. Ils sont là, ça, c'est catégorique. Mais je ne les "sens" pas. Comme si j'étais seul au milieu du pôle Nord ou du Sahara. Je ne perçois pas leur présence. J'ai mal au crâne. J'ai pas envie de les appeler. J'ai envie d'être seul. Même si je suis au milieu de ces gens, c'est agréable d'être LE seul. Je n'ai jamais connu bonheur pareil.
J'ai froid.
C'est bizare quand même. Plus j'y repense, plus je me dis que je n'ai aucun but précis. Comment peut-on vivre sans avoir ne serait-ce qu'un objectif ?
Leur regard persant et froid me font de plus en plus peur. Il n'arrête pas de me fixer. Lorsque je les regarde dans les yeux, j'ai "un" vertige au plus plrofond du coeur. Bon sang ! que j'ai mal à la tête !
* * *
La lumière brûle mon crâne. J'ai une goutte de sueur qui me tombe du nez. Je la vois tomber, tomber, tomber... Elle parcours la moitié de la trajectoire entre mon nez et le sol, puis parcours la moitié de cette moitié, puis la moitié de ce quart, de ce huitième, seizième...
Cette foutue goutte ne touche toujours pas le sol ! Tu vas le toucher, ce sol !?
Elle n'a pas toucher le sol...
* * *
J'ai chaud.
Trop de regards gelés vers ma direction. C'est insuportable. Foutu mal de tête. Je me souviens pas avoir eut mal comme ça un jour. Un morsure continue dans un coin reculé de ma cervelle que je ne connaissais même pas.
Comment suis-je arrivé dans cet enfer ? Où suis-je ? Merde ! Répondez ! Hé ho ! J'en ai marre ! Répondez moi au lieu de me regarder comme ça ! puis ce mal de chien !
Arrêtez de me regarder !!
Fermons les yeux et pensons.
Aaaah !
Horreur. Des yeux blancs encombrent mon repos. Des yeux persant mon âme au plus profond de moi. Deux yeux blancs, immenses, occupant tout le noir que mes paupières devaient m'offrir, me fixant, me jugeant. Mon mal de tête...
J'ouvre les yeux devant mon boureau. Agenouillé dans la boue, les mains liées, j'entends les coups de feu qui ôtent la vie de mes voisins alignés à ma gauche. La directive "Feu !", les fusils tonnent, le son de la chair flasque et des os crâniens broyés suivent. L'ajout d'une présence froide et le son de l'explosion de cervelles me nouent l'estomac.
J'ai chaud.
Le froid arrive de plus en plus vite. Les corps tombent, les âmes fuient. Mon voisin le plus proche est le suivant. "Feu !" Sa tête éclate en un fracas ignoble avant de s'écraser contre le sol.
Mon tour approche. Le canon du fusil s'enfonce dans mon crâne. Mon coeur. A moi.
"Feu !"
Avant la fin du mot fatidique, des milliers de pointes froides, situés sur toute la surface de ma peau, pénètrent lentement en moi jusquà atteindre mon coeur, laissant derrière eux des milliers de fils gelés dans mes muscles, ma chair, mon chaud. Au contacte de mon coeur, les fils disposés dans tout mon corps se tirent vers mon centre, emportant avec eux toute chaleur.
Mon froid envahit mes jambes, mais, dans ma chute, je ne toucherais jamais le sol.
Il y a 1 commentaire pour ce texte.
raido - Commentaire du mardi 21 août 2007
Dans l'ensemble c'est pas mal écrit du tout, vraiment, mais attention ! Je ne vais rien dire sur le fait que tu fais parler un mort, parce que j'ai toujours trouvé un peu bête de limiter la littérature en fonction de règles terre à terre, seulement dans le début de ton texte, tout laisse à penser qu'il s'agit d'un témoignage écrit, quoique peut-être réalisé dans l'urgence, mais écrit : "Je ne me rappelle pas avoir déjà porté un nom, ni avoir un jour appris à écrire". Cette phrase-là est vraiment belle, je trouve, et chargée de tout un tas d'émotions sous-entendues tout en restant sobre, enfin bref elle me plaît, mais c'est surtout elle qui induit en erreur, et du coup la fin ne parait plus très cohérente. C'est dommage.
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