Un texte de Skaar, publié le vendredi 22 juin 2007
« Sergent ?
- Qu’est ce qu’il y a, Cinq ?
- Ça fait une éternité qu’on descend cet escalier, et on n’en voit même pas le bout…
- Ça fait à peine une demi-heure, lui répondit Frallorn en ricanant.
- C’est bien ce que je disais, Sergent.
- Et t’es payé pour quoi faire, hein ? t’es un homme ou une poule mouillée ?
- Ça va, Sergent. Mais ça fout les jetons.
- Je ne veux pas le savoir. On descend jusqu’en bas, on regarde un peu et on remonte.
- A vos ordres, chef, répondit Cinq d’un ton peu rassuré. »
L’escalier qu’ils descendaient depuis un certain temps déjà avait été directement taillé dans la roche. Les murs ne portaient plus aucune inscription, et le noir était total.
Sur le côté, un sillon avait été taillé, d’une profondeur de quelques centimètres. Quand à trouver son utilité…
Ce fût deux minutes plus tard qu’il y eût un changement. La salle dans laquelle ils débouchèrent était plongée dans le noir, comme tout ce qu’ils avaient vus auparavant.
Large d’une dizaine de mètres et profonde d’une demi douzaine, elle était soutenue sur les côtés par des piliers (Frallorn en compta treize). Au fond se tenait une sorte de trône.
« Sergent, j’ai vu quelque chose bouger…
- Ton imagination, cinq.
- Je n’ai pas rêvé, Sergent, s’exclama Cinq !
- Bon écoute. En arrivant sur cette planète, le croiseur n’a détecté aucune forme de vie. De la surface on ne voit pas le soleil, il n’y a aucune végétation, et les senseurs nous ont montrés que la plus proche source d’eau est à plus de deux cent kilomètres. Et… »
Le sergent n’eût pas le temps de finir sa phrase. Ils furent brusquement éblouis par les lumières, qui les obligèrent à arracher leurs lunettes de vision nocturne. A peine ceci fût il fait que Frallorn vit, assis sur le trône, le Seigneur Skaar.
C’était un humanoïde haut de près de deux mètres dix, entièrement couvert d’une armure noire incrustée de pierres d’un rouge profond. Sa tête était le seul endroit découvert de son corps. Le sommet de son crâne était orné de plusieurs petites cornes (probablement treize) et ses yeux étaient d’un rouge cruel et flamboyant.
Frallorn et Cinq entendirent un bruit derrière eux. L’escalier était à présent barré par une herse à l’aspect relativement solide. Sur les murs de la salle, des torches s’enflammèrent, et les flammes se propagèrent au sol le long du sillon qu’ils avaient remarqué dans l’escalier et qui s’était prolongé à la base des murs.
Frallorn et Cinq firent volte face et tirèrent sans discontinuer sur l’être présent sur le trône. Celui-ci ne bougeât même pas. Une fois leurs chargeurs vides, ils dégainèrent leurs pistolets et le mirent en joue. L’immobilité totale de la silhouette en armure fît naître des soupçons dans la tête du Sergent, qui s’approcha prudemment d’un pas.
L’absence de réaction le poussa à s’avancer résolument vers le trône. Une fois à portée, il tendit la main vers le maître des lieux… et ne rencontra aucune résistance.
Il éclata de rire, comprenant comment il s’était fait avoir. Un hologramme. Un simple hologramme.
Se remettant, il activa son communicateur.
« Sergent à Deux. Comment ça se passe chez vous ?
- ..sez .ien Ser… . avons ..tivés géné..teur, lui répondit une voix crachotante.
- Très bien. Trois ?
- C’est génial, sergent. On a trouvé une collection de têtes coupées, une bibliothèque, et même un système de visionnage. Mais on a comme un petit problème. Les loupiotes se sont allumées et une grille nous bloque le passage.
- On a le même problème ici. Essayez de faire sauter la votre. Deux et Quatre…
- Font six, Sergent
- Trois, boucle la. Deux et Quatre vous allez à la cathédrale et vous essayez de retrouver vos équipiers.
- A vos ..dres, ..ef. »
Après avoir éteint son communicateur, il réexamina la pièce. Au centre, il y avait maintenant une sorte de sarcophage en obsidienne haut d’un mètre, long de deux mètres cinquante et large d’un mètre cinquante. Le couvercle semblait peu épais (cinq centimètres) et facile à déplacer.
« je me demande ce qu’il y a la dedans, dit Cinq.
- Es tu vraiment sur de vouloir le savoir ?
- Je pense.
- Alors aide moi à écarter le couvercle. On sera peut être célèbre à notre retour…
- OK »
Ils durent y mettre toutes leurs pour bouger le couvercle. Au bout de dix minutes d’efforts, celui ci bascula sur le sol en se brisant dans un vacarme à réveiller un sourd. Lorsqu’ils virent ce qu’il y avait dans le sarcophage, ils comprirent immédiatement qu’ils avaient commis une erreur.
Le corps était, comme l’hologramme, entièrement habillé de son armure. Mais la différence, c’était qu’il n’avait pas son casque. Presque immédiatement, Frallorn eût la même sensation qu’à l’entrée de la cathédrale, en plus fort.
*Dégainer le pistolet… vite… plus la force… suis fatigué… et si faible…peut pas… dormir…*
Trois claquements retentirent, le sortant de sa torpeur. Il s’arracha au regard du mort et s’effondra à terre, exténué. Il jeta un coup d’œil à Cinq, et vit que malgré ses coups de feu, il était toujours subjugué par Skaar. L’expression de son visage exprimait de la fatigue, beaucoup de fatigue… et soudain elle changea.
Et Frallorn vit alors s’afficher sur son visage une expression qu’il n’avait jamais vue auparavant. Cinq fût pris de tremblements, et son visage affichait un rictus mélangeant souffrance et terreur, tandis que des rides apparaissaient et que du sang commençait à dégouliner de sa bouche entrouverte.
Rassemblant ses forces, le Sergent se redressa et agrippa son coéquipier pour le tirer hors de l’influence du sarcophage. Alors qu’il allait se dégager, un bras couvert de métal surgit et l’attira sans difficultés vers l’intérieur du sarcophage. Frallorn vit la terreur encore augmenter dans les yeux de Cinq, et il perdit son regard de vue.
Il se calma, et commença à ramper vers la sortie bloquée par la grille. Et c’est alors qu’un hurlement de souffrance résonna dans la salle, immédiatement suivi du silence. Et puis il y eût un bruit… comme un bruit de succion… qui dura plusieurs minutes, durant lesquelles il put atteindre la grille. Ne réussissant pas à l’ouvrir, il fouilla dans ses poches, à la recherche d’explosifs… avant de se souvenir que c’était Cinq qui les avait.
Désespéré, il sortit son pistolet et attendit. Le bruit de succion s’arrêta, et cinq fût projeté hors du sarcophage, atterrissant à deux mètres du Sergent. Celui-ci distingua nettement la large plaie au cou de son équipier, ainsi que la pâleur de ses traits, comme vieillis de cent ans.
Puis il y eut un silence. Un long silence. Un très long silence. Au bout de quelques minutes qui semblèrent durer un éternité, il entendit un hurlement. Non pas un hurlement de souffrance ou de peur, non, un hurlement bestial, démoniaque de satisfaction. Puis il entendit une voix sourde, profonde, à l’intérieur de sa tête.
« Tu as commis trois erreurs. La première c’est que tu est né. La seconde, c’est que tu sois venu sur cette planète. La troisième, c’est de m’avoir réveiller. A présent, tu vas assumer tes erreurs : tu vas mourir, sur cette planète, pour me rassasier… »
A peine la voix se fut elle tut que le corps se redressa, tournant le dos au Sergent, et se dirigeant vers le trône. Saisissant l’occasion, celui-ci braqua son arme sur Skaar et pressa la détente. La suite fût très rapide.
Alors que la première balle arrivait à sa hauteur, Skaar se retourna, tendit la main vers Frallorn, celui-ci distingua la balle à quelques centimètres de la paume du Sombre Seigneur. Souriant, il la laissa tomber. Désespéré, Frallorn tira toutes les balles de son chargeur. Aucune ne toucha sa cible.
A une vitesse surhumaine, Skaar s’approcha du Sergent et lui retira son arme des mains. Il sentit immédiatement la lassitude le gagner et toutes ses forces l’abandonner. Alors qu’il était complètement vidé de ses forces, il comprit l’expression de Cinq. Il ne sentait plus ses membres, il ne sentait même pas la large coupure qui entaillait son coup.
Mais il sentait son esprit. Il le sentait attiré, aspiré par une soif inimaginable. Il sentit son âme le quitter, dans une sensation de vertige horrible, comme s’il tombait dans un gouffre sans fond… un gouffre à l’appétit insatiable…
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