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Andemnia - 8

Un texte de SpaceFox, publié le jeudi 31 mai 2007

Ma nouvelle amie grommela que nous allions nous dépêcher. Elle finit d' m'aider à me laver, puis nous nous habillâmes. On m'avait fournit une robe approximativement à ma taille, plutôt jolie mais qui aurait nécessité un certain nombre de retouches pour être un minimum confortable. En plus de ça, elle était vraiment compliquée et je mis quasiment un quart d'heure à la passer avec l'aide de Zweyll.

« Au fait, lui dis-je, je crois que tu étais en train d'essayer de me dire quelque chose avant que ce type n'arrive !

Exact, mais j'attendais qu'il soit loin, dit-elle en se penchant sur moi. Vois-tu, tu as sauvé notre peuple et notre ville, mais... comment dire... tu as provoqué quelques dégâts.

Tu as l'air bizarre... C'est si grave que ça ?

D'après les rumeurs, tu aurais provoqué une grave perturbation dans la magie, et cette perturbation aurait gravement blessé touts les habitants sensibles à la magie.

Et... c'est vraiment des blessures très graves ?

Tu as tué, indirectement, tous les magiciens puissants qui habitaient en ville. Or, s'ils ne pouvaient pas grand-chose contre les démons du Royaume Infernal voisin, ils dirigeaient presque toutes les instances de la ville. Leur disparition impliquera au mieux une guéguerre de succession, au pire une guerre civile pour le pouvoir. Or les Wezless d'ici ne sont pas connus pour leur tendresse. »

C'est à ce moment que le responsable du protocole réapparu.

« La cérémonie va commencer incessamment, ô notre salvatrice ! », et il me vit signe de le suivre.

Nous parcourûmes quelques couloirs, mon amie finissait de me préparer tant bien que mal. Enfin nous arrivâmes sur une grande estrade. Une immense foule attendait là, il devait il y avoir la quasi-totalité de la ville réunie. Mon apparition provoqua des cris, des clameurs et de gigantesques applaudissements. Toute cette foule... c'était vraiment... grandiose. »

Un étrange sourire passa sur les lèvres d'Andemnia, une sorte de nostalgie un peu triste.

Contrairement à ce qu'on pourrait croire, c'était très impressionnant mais aussi très désagréable pour moi. Tous ces hurlements me vrillaient les oreilles, et j'étais gênée d'être acclamée pour quelque chose dont je n'avais pas réellement conscience. Bref, cette ovation se passa tant bien que mal, diverses personnes qui m'étaient totalement inconnues prononcèrent des discours enflammés – des discours électoraux tant que des remerciements, en fait.

Au bout d'une éternité, la cérémonie se termina enfin. Le responsable du protocole me reconfia à la jeune Wezlesse qui s'était occupée de moi ; on me donna enfin à manger. Je ne sais plus ce que je fis du reste de cette journée, mais je suppose qu'elle se finit dans l'ennui le plus total.

Zweyll me réveilla au beau milieu de la nuit. Elle avait l'air affolée. Elle me tira violemment du lit et m'entraîna à travers les couloirs, puis dans le dédale de ruelles qui constituait la ville haute. J'étais complètement endormie mais je me rendais compte que nous étions poursuivies.

Quand j'y repense maintenant, je me rends compte qu'il devait il y avoir quelque chose de magique, car je n'ai jamais couru très vite – et encore moins à cette époque – et je ne crois pas que Zweyll m'ait tirée, mais tout le temps que nous étions dans la ville, nous n'avons jamais été rattrapées.

Nous étions arrivées à la lisière de la forêt quand les premières flèches et les premiers carreaux d'arbalète nous sifflèrent aux oreilles. Je vis mon amie se faire transpercer la cuisse par un carreau et tomber sous le choc et la douleur ; je n'ai jamais eu confirmation de son sort mais les Wezless de Zwal'Nohltl étaient connus pour ne pas faire de quartier.

Je me jetai de toutes mes forces dans le buisson le plus proche, mais je ne pus éviter une flèche qui me transperça l'épaule de part en part.

C'est alors qu'il m'arriva l'une des choses à la fois des plus étranges et des plus désagréables de toute mon existence. J'ai eu l'impression d'être désagrégée de l'intérieur, comme si quelqu'un s'acharnait à pulvériser consciencieusement chacune de mes cellules avec un mortier et un pilon ; ma vu se brouilla, si tant est qu'elle ait pu se brouiller encore plus qu'à cause des larmes de douleur.

Je devais être ailleurs. C'était une grande pièce sombre, avec plein de bougies. Maintenant je sais – ou plus exactement je pense – que j'ai été téléportée, mais à l'époque je ne comprenais absolument rien. Je ne mentirai pas en prétendant avoir été soulagée de ne plus être poursuivie, les douleurs de la téléportation et de la flèche étaient telle qu'elles m'empêchaient de penser à quoi que ce soit. Il y avait là trois personnes au moins, mais je ne me souviens de pas grand-chose à leur propos, si ce n'est qu'il devait il y avoir une femme et deux hommes, dont un vieillard. Je ne comprenais absolument rien de leur conversation, mais il faut dire qu'à l'époque je ne parlais que le dialecte wezless de Zwal'Nohltl.

Ils m'enlevèrent la flèche et me firent un pansement, puis l'un d'entre eux prononça quelque chose que j'eus à peine le temps d'identifier comme une formule magique avant de m'endormir.

Je suis en train de me dire que je n'ai jamais su exactement ce qui s'était passé cette nuit là. Il faudrait que je trouve un moyen de fouiller plus profondément dans ma mémoire, pour y trouver un indice...

Andemnia lança un bref regard à la fenêtre ; la nuit était tombée.

« Bon, c'est fini pour aujourd'hui, mais je te garde à manger ce soir, me dit-elle.

Je ne sais pas si je dois, protestais-je.

Ah ! Tu n'as pas le droit de refuser ! D'abord, je t'invite et ça me fait plaisir, ensuite tu pourras t'en vanter auprès de tes amis, et enfin je te dois une explication pour tout à l'heure. »

Je n'avais pas l'intention de me vanter de quoi que ce soit auprès de qui que ce soit, mais d'abord j'espérais rester en bons termes avec Andemnia, et la fourbe avait piqué ma curiosité.

Nous discutâmes de tout et de rien pendant quelque temps, puis, après avoir préparé un repas finalement très simple, nous nous mîmes à table.

« Au fait, tu m'as dit tout à l'heure que tu me devais une explication. Je veux bien, mais à propos de quoi ? »

Elle me fixa d'un long regard, ses yeux étaient devenus franchement jaunes.

« Exact, finit-elle par déclarer en baissant le regard vers son assiette de soupe. Tout à l'heure quand je me suis remémorée ces souvenirs tristes, tu m'as... consolée.

Oui...

Eh bien, je suppose que tu as dû te sentir très triste.

Exactement, j'ai trouvé ça bizarre. En plus ton pendentif était tout tiède et ... »

Je m'interrompis brutalement, sachant pertinemment que je n'aurais jamais dû parler de ce pendentif, elle-même me l'avait défendu. Je risquai un coup d'œil pour connaître sa réaction. Sur son visage se dépeignait une expression étrange, de la colère mêlée à de la tristesse, mais avec quelque chose de plus d'indéfinissable et qui rendait cette expression vraiment inhabituelle.

Je commençai à m'excuser, quand elle éclata d'un rire franc.

« Tu t'en es aperçu ? Tu es observateur, tu sais ? D'un autre côté, les hommes sont tous les mêmes... Tout le village doit connaître l'existence de mon pendentif ! »

Je balbutiai une excuse quelconque, mais elle me coupa encore :

« Bah, je ne t'en veux pas, et en plus c'est de ce pendentif que je voulais te parler. Je suis sujette à des... comment dire... des sautes d'humeur. Bref, parfois je me laisse complètement envahir par mes sentiments, et ce pendentif est là pour m'aider à les maîtriser, à les catalyser. De plus, il permet d'en évacuer une partie en les transmettant à ceux qui me touchent.

Je comprends mieux, alors.

En tous cas, je m'excuse pour le désagrément et te remercie, il m'aurait fallu plusieurs heures pour récupérer sans toi.

Bah, je n'ai pas fait grand-chose. Au fait...

Non. Je sais ce que tu vas demander : « Est-ce que ça m'autorise à poser d'autres questions sur le pendentif ? », c'est ça ? Non, là je suis de bonne humeur, mais n'oublie pas que c'est moi qui décide quand en parler. »

Nous enchaînâmes sur d'autre questions et finîmes le repas sans plus reparler de son passé.

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