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Le premier Humain en pays Zolockque - 3

Un texte de SpaceFox, publié le vendredi 15 décembre 2006

Voyage

Acklow se mit à raconter en détail à Forlodr – puisque c’est ainsi qu’il se nommait lui-même - comment il l’avait trouvé.

« Enfin je vous ai soigné ; et vous voici ici maintenant en bonne santé, conclut le Zolockque. Je voudrais maintenant que vous me parliez de vous, si cela ne vous dérange pas.

- Comme je vous l’ai déjà dit, mon nom est Forlodr, je suis un Humain et je viens des plaines du Stephull, assez loin d’ici, au-delà des Monts de Furlgruhl.

- Où se trouvent ces monts ?, interrompit Acklow.

- A peu près en face du Couloir de la Mort, répondit l’Humain. Mais laissez-moi finir, vous poserez les questions plus tard. J’ai toujours aimé voyager, et, dès que j’ai pu, j’ai décidé de parcourir le Blindcake(1) à la recherche de contrées vierges et inexplorées ; voire même – si elles existent – de nouvelles civilisations. Et il apparaît que mon intuition semble exacte, puisque je me retrouve en train de vous parler. Mais reprenons. Non seulement je voulais découvrir le Blindcake, découvrir d’éventuelles autres civilisations, mais en plus je voulais faire quelque chose d’encore inédit ; quelque chose que tout le monde savait que c’était absolument impossible, quelque chose qui, en fin de compte, ferait de moi un héros reconnu et estimé pour ses prouesses dans le Blindcake tout entier.

« Comme vous le savez sûrement… Non, en fait vous ne le savez sûrement pas, vous n’avez pas l’air d’être souvent sortit de votre trou, il y a trois passages difficiles en montagne sur Arrethia, comme disent les Elfes. Il y a la Passe des Vents (qui ne correspond pas à ce que vous appelez la Passe des Vents, d’ailleurs – je n’ai pas retenu le nom barbare que vous lui donnez - ), qui est en fait assez facile ; la Passe des Brumes, qui est certes impressionnante et splendide, mais facile si l’on a de quoi se repérer ; et ce que l’on nomme le Couloir de la Mort. En fait, le Couloir de la Mort est non seulement dix fois plus difficile à passer que les deux autres passes réunies, et de plus, il est entouré de montagnes infranchissables, ce qui lui ajoute une par de mystère : jusqu’il y a peut, on ne savait pas ce qu’il y avait de l’autre côté !

« C’est pourquoi je me suis décidé à franchir, coûte que coûte ce fameux Couloir de la Mort, puis de revenir chez moi afin de dire à tous ce qu’il y a de l’autre côté ; et de pouvoir enfin jouir d’une gloire dûment méritée. Cependant, je n’ignorais pas les dangers de cette passe ; et c’est pourquoi je me suis préparé extrêmement longtemps et bien ; emportant surtout beaucoup d’eau.

« C’est ainsi que je suis arrivé hier – si j’ai bien suivi votre histoire -, et tout se serait parfaitement bien passé si je n’étais pas tombé de la falaise à cause d’une racine mal placée. Je veux retourner maintenant chez moi, mais il me faudra des choses à raconter. C’est pourquoi vous allez me dire tout ce que vous savez sur votre pays – pour autant que vous vous intéressiez au pays dans lequel vous vivez -. Mais, auparavant, vous devriez aller me chercher de quoi boire, car j’ai soif de tant parler. »

Acklow hésita un instant, puis avisant que l’ « Humain » faisait en fait une fois et demie sa hauteur, il, obtempéra et alla chercher une carafe d’eau et deux gobelets. Il servit Forlodr ainsi que lui-même.

« Qu’est-ce que c’est que ça ?, dit le géant en considérant son verre d’un air soupçonneux.

- C’est de l’eau que je viens de tirer, il y a une heure à peine, dit le Zolockque. Elle est parfaitement fraîche.

- Au cas où vous ne l’auriez pas compris, ça fait plus de deux semaines que je ne bois que de l’eau. Je pensais que la moindre des règles de l’hospitalité, même chez des gens de pays bizarres comme vous, était de ne pas servir de l’eau à ses invités !

- Que voulez-vous que je vous serve, alors ?, demanda Acklow.

- Eh bien, du vin, de l’alcool ou même à la rigueur un jus de fruits !

- De l’alcool ?, demanda le Zolockque. Qu’est-ce donc que ceci ? »

Forlodr regarda Acklow comme s’il venait de lui annoncer qu’un mammouth écrasait sa maison.

« Comment ? Vous ne savez pas ce qu’est l’alcool ?

- Et bien, non. »

Forlodr se frotta les yeux, regarda le Zolockque, de pinça, se frotta de nouveau les yeux, jeta un regard éberlué à Acklow qui, lui, ne comprenait rien, et dit :

« Ce n’est pas grave. Je vous expliquerai peut-être. Vous n’avez qu’à me servir un jus de fruits. »

Acklow considéra l’Humain un instant, puis sortit. Il revint quelques instants plus tard, ramenant une grappe de raisins.

Il posa la grappe dans le verre de Forlodr, puis, la pointant de l’index, il prononça une formule magique. Un mince éclair bleu frappa la grappe, qui se pressa dans le verre, tandis qu’un tas de déchets se formait sur la table.

Soudain, Acklow réalisa que l’Humain fixait son verre avec une intense expression de stupéfaction mélangée d’incompréhension.

« Qu’… Qu’est-ce que cette sorcellerie ?!, bégaya-t-il après quelques instants.

- Ce n’est que de la magie, dit Acklow, comme si c’était la chose la plus banale et la plus normale au monde – en fait, pour lui et pour ses semblables, ça l’était. -.

- Mais on ne se sert pas de la magie pour presser des fruits ! C’est du gaspillage ! »

Acklow regarda l’Humain comme on regarde quelqu’un qui vient de dire une ânerie monumentale. Il réfléchit quelques courts instants à ce qu’il avait bien voulu pouvoir dire, puis arriva à la conclusion que le seul moyen de le savoir était de lui demander directement.

« Qu’est ce que vous voulez dire par gaspiller de la magie ? La magie ne peut de gaspiller !

- Mais l’utilisation de la magie est extrèmement difficile ; et demande un grand effort de concentration ! On ne se sert pas de la magie pour presser des fruits, mais pour accomplir des choses complexes ! Normalement, un simple paysan ne devrait pas gaspiller de la magie pour des futilités, il ne devrait d’ailleurs même pas être capable de l’utiliser ! »

Acklow réfléchit. Qu’est-ce que cet étranger pouvait bien dire par là ? Extrêmement difficile ? Grand effort de concentration ? Gaspiller ? Futilités ? Il ne devrait pas être capable de l’utiliser ? Qu’est-ce que cela signifiait ? Il rêvait, ou quoi ? Evidemment, il est facile d’utiliser la magie ; il suffit pour cela de penser à ce que l’on veut accomplir, et de prononcer avec conviction la formule adéquate. Ce n’est en aucun cas difficile et ne demande presque aucun effort de concentration ! Qu’est-ce que cet étranger pouvait bien raconter ? Les seules personnes qui ont besoin de se concentrer pour lancer certains sorts sont ceux qui lancent des sorts extrêmement puissants ou complexes, qui sont en effet difficile à lancer. Mais les seules personnes confrontées à ce genre de situations sont ceux qui font de la recherche et des expérimentations, et certains architectes(2).

De même, que pouvait bien signifier cette histoire de gaspiller ? La quantité de magie disponible est telle qu’on peut en faire ce que l’on veut, il est impossible de la gaspiller ! Et puis, à quoi bon se servir de la magie si ce n’est pour ce rendre la vie plus facile ? Il n’y a pas de futilités qui tiennent, ce n’est là que l’usage normal de la magie !

Il y avait quelque chose d’inconcevable dans les propos de l’étranger ; il devait de tromper quelque part, ou alors il habitait effectivement dans un monde où la magie n’existe pas – ou peu -. Acklow commençait à se poser des questions. Devenait-il fou ? Rêvait-il ? A moins que ce ne soit qu’il ait mal compris ; ou encore que l’étranger disait la vérité ; mais, dans ce dernier cas, comment faisait-il pour survivre aux agressions extérieures, et même pour vivre – tout court – sans se compliquer horriblement la vie ?

Acklow se frotta l’arrête du nez, ce qui était chez lui signe d’une incompréhension intense ; puis se surprit à penser qu’il en avait assez de réfléchir à cette histoire de fous, qu’il ferait mieux d’aller se coucher, et que le lendemain il verrait ce qu’il serait advenu de toute cette histoire. Après tout, ce n’était peut-être qu’un mauvais rêve.

Acklow réalisa soudain qu’il n’était absolument pas l’heure d’aller se coucher, étant donné qu’ils étaient au début de l’après-midi et que – il venait de le réaliser aussi – ni lui, ni son « invité » n’avaient déjeuné. Aussi – pour ce couvrir car il se méfiait des réactions de l’étranger -, il lui expliqua qu’il avait l’habitude de manger assez tard le midi, et lui demanda – à moitié par politesse, à moitié pour savoir ce qu’il pouvait bien manger comme choses étranges.

La réponse de Forlodr surprit agréablement le Zolockque :

« Ce que vous voulez ; une spécialité d’ici, par exemple ! »

*   *   *

Environ une heure plus tard, ils avaient fini de manger, et ils étaient dans le salon, en train de boire – Acklow avait à nouveau pressé des fruits – et de parler.

« Si je puis me permettre, dit Acklow, vous avez dit tout à l’heure que chez vous, la magie était difficile à maîtriser, et que seules quelques personnes en usaient. Mais alors, comment effectuez-vous les tâches quotidiennes ?

- Comment ça ? »

L’Humain fixa le Zolockque d’un regard incompréhensif.

« Eh bien, toutes les choses rébarbatives telles que les tâches ménagères, la culture, etc.

- Comme ici, je suppose : quelqu’un s’en occupe. Des gens dont c’est le métier.

- Vous voulez dire que certaines personnes passent leur vie à faire des choses ennuyantes ?!

- Evidemment ! Mais ce sont des personnes peu dignes de faire autre chose.

- Pourtant, chacun a les mêmes capacités, non ? »

Forlodr le regarda comme s’il avait dit une insanité.

Le Zolockque réfléchissait à toute vitesse. Il se demandait s’il allait se réveiller un jour ; il en avait assez de ce rêve stupide, car quelque chose de pareil ne pouvait exister. Tout ceci n’était donc qu’un rêve. Du moins s’espérait-il.

Forlodr l’interrompit dans ses réflexions.

« Au fait, quelque chose que j’ai oublié de vous demander, dit-il en s’arrêtant de boire, à quoi ressemblent vos femelles ? Comment se passe votre vie sexuelle ? »

Acklow le fixa.

« Récapitulons, pensa-t-il. Devant moi, j’ai un étranger, venu d’un endroit inconnu. Je le récupère. Je le soigne. Je le nourris. Il ne me remercie même pas, se vante, est prétentieux, désagréable, m’engueule et se permet même de me poser des questions sur ma vie privée(3). Mais pourquoi est-ce que je supporte quelqu’un de pareil ? »

« Monsieur, dit-il en désignant la porte d’entrée, veuillez reprendre vos affaires et sortir d’ici. Immédiatement. »

Forlodr le fixa dans les yeux. Il reposa son gobelet très brusquement, qui se brisa sous le choc.

« J’ai vu, dit-il, que vous étiez très intrigué par mon équipement. Aussi je vais vous montrer à quoi il sert. »

Acklow le regarda faire, intrigué.

Forlodr prit un long objet de cuir qu’il portait à la ceinture la veille. Il en tira un bout, et une longue double lame métallique en sortit. Il la leva qu-dessus de sa tête, et, asséna un grand coup de cette chose sur le crâne du Zolockque ; du plat de la lame.

1 L’Univers, dans son langage.

2 Grâce à la magie, les Zolockques peuvent se permettrent de s’affranchir de toutes les règles de constructions et même d’ailleurs des règles physiques telles que la gravité ; ce dont ils ne se privent pas, d’ailleurs.

3 Sujet que, s’ils en parlent assez librement entre amis, les Zolockques n’évoquent jamais devant un étranger, sous prétexte qu’ils on des secrets à garder.

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