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Andemnia - 7

Un texte de SpaceFox, publié le samedi 09 décembre 2006

*   *   *

Je repris lentement connaissance ; autour de moi régnait un brouhaha intense et je me sentais ballottée dans tous les sens.

« Elle se réveille », hurla quelqu'un.

Il y eut beaucoup de cris qui semblaient être des cris de joie, il y avait aussi des hurlements, des pleurs, bref, un chaos indescriptible. Je perçus aussi des choses semblables à « Vive Andemnia ! Vive celle qui a sauvé notre ville ! » J'ouvris les yeux, et aperçu, loin et sombre, le plafond de la grotte, avec les bâtiments en perspective, et le tout bougeait assez désagréablement. Je me rendis compte qu'en réalité j'étais allongée sur une sorte de brancard en bois, portée par une foule en liesse qui me manifestait sa joie, apparemment parce que j'aurais, mais je ne savais comment, sauvé la ville.

Je n’étais pas vraiment d’humeur à faire la fête, j’avais un mal de crâne épouvantable, comme si on avait placé un nid de frelons dans mon cerveau ; j’avais l’impression que chacun de mes os était réduit en une poudre très fine. Mes sens me semblaient avoir étés beaucoup trop améliorés. La lumière des torches m’aveuglaient, les cris de la foule m’assourdissaient, bien qu’ils auraient, je pense, assourdi n’importe qui, le martèlement de mon corps contre le bois était insupportable ; mais le plus horrible était sans aucun doute l’odeur nauséabonde qui frappait mes narines, un infect mélange de sang, de sueur, de suie et de chair putride.

Au fur et à mesure que nous progressions dans la ville, la foule grandissait, les cris augmentaient en puissance, résonnant directement dans mon crâne. Drôle de procession que celle d’un peuple célébrant une gamine prostrée, pleurant de douleur et ne comprenant absolument pas ce qui se passait.

Nous arrivâmes enfin au Palais des Étrangers, dans la partie extérieure de la cité. Je ne sais pas combien de temps nous avions mis pour y arriver, mais il m'avait semblé que ce fut une éternité ; encore qu'une fois sortis des grottes les cris de la foule résonnaient moins et me vrillaient moins les oreilles. Ce palais était indubitablement le plus luxueux de la ville, il servait habituellement à accueillir les étrangers de marque, mais on s'en servait parfois pour honorer celles ou ceux qui avaient particulièrement aidés la ville.

Je fus confiée à l'une des jeunes femmes qui servaient dans cette maison, elle était chargée de me préparer pour une cérémonie.

Enfin je fus éloignée de la foule et de ses bruits incessants, mes yeux s'adaptaient enfin à la lumière de l'extérieur, les odeurs de sueur et de suie, emportées par le vent, me laissaient l'occasion de respirer dans ressentir de haut-le-cœur. La jeune femme, une Wezlesse d'environ quinze ou seize ans qui répondait au nom de Zweyll, me porta jusque dans une immense salle de bains. C'est quand elle retira le drap dont on m'avait couverte que je découvris que mon corps était maculé d'innombrables taches de sang ainsi que de diverses choses organiques que je préférais ne pas tenter d'identifier. La jeune servante me plongea dans l'immense baignoire incrustée dans le sol, puis, après m'avoir passé tous les ustensiles de toilette, s'assit sur l'un des nombreux tabourets de la salle.

« Eh bien, dit-elle d'une voix douce, tu peux te venter d'avoir mis un sacré bazar en ville ! »

Je levais la tête vers elle pour tenter de la dévisager mais ce me fut impossible.

« Est-ce que tu peux t'asseoir ailleurs, s'il te plaît, lui demandais-je, la lumière du vitrail derrière toi me brûle les yeux ! »

Elle s'exécuta sans poser de question.

« Que s'est-il passé ?, lui demandais-je, je ne me souviens de rien !

Vraiment ? D'un autre côté, ça ne me surprend pas vraiment. »

Elle entreprit alors de me raconter ce qui s'était réellement passé pendant que je pensais être évanouie.

« On m'avait envoyée au Grand Conseil, car ces opportunistes de dirigeants du palais voulaient savoir de quel côté se ranger. Là-bas, c'était le chaos le plus total ! Les gens couraient partout et dans tous les sens, les bâtiments du Grand Conseil étaient en flammes, mais surtout un énorme démon dépassait d'une maison.

« Tu étais là, dans la main du démon qui s'apprêtait à te manger, quand tu poussas un hurlement strident. Immédiatement, une lumière éblouissante t'enveloppa et le démon s'arrêta. Alors que tu avais une sacrée trouille – ce qui paraît normal –, tu parus soudain très, très en colère. Tu fis un mouvement vers le démon et lui coupas un bras, exactement comme si une très longue lame très aiguisée prolongeait ta main.

« Là, je m'enfuis car le spectacle était trop ignoble pour moi, mais on m'a raconté que le démon paraissait se dessécher pendant que tu t'acharnais sur lui. On t'as retrouvée épuisée au milieu des morceaux du démon, ce qui explique d'ailleurs la quantité de sang et de bouts de démons qu'il y a sur toi.

« Après, tu connais la suite. On t'as portée en triomphe jusqu'ici, et voilà ! »

Tout en racontant son histoire, elle s'était déshabillée et, m'ayant rejointe dans la baignoire, elle avait commencé à m'aider à me laver.

« En tous cas, me dit-elle, tu as sauvé notre ville et tu nous as sauvés de l'esclavage par ce démon, et je ne pourrai jamais assez te remercier pour ça !

- Mais, protestais-je, je ne sais même pas comment j'ai fait ! Je ne pourrai même pas recommencer !

- Ce n'est pas important, continua-t-elle, tu as déjà sauvé la ville. Par contre, j'ai peur que ta gloire soit de courte durée. Vois-tu, ... »

Elle fut interrompue par la porte qui s'ouvrit à toute volée. Sans tenir aucun compte du fait qu'il pénétrait dans une salle de bains occupée par deux femmes, un grand homme d'une soixantaine d'années à l'aspect très impressionnant, pénétra dans la pièce, avança de quelques pas et se prosterna devant moi :

« Ô, notre salvatrice, me dit-il, veuillez avec l'extrême obligeance de bien vouloir commencer à imaginer pouvoir vous dépêcher ! La cérémonie est prévue dans moins d'une demi-heure ! »

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